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L’artiste Aziz Chamekh, co-fondateur de la troupe Izenzaren : “Je suis optimiste quant à l’avenir de la chanson amazighe”

suite à une traversée du désert de plusieurs décennies, le chanteur amazigh Aziz Chamekh, figure de proue à côté d’Iggout Abdelhadi, de la mythique troupe d’Izenzaren, revient finalement sur scène.Il a donné une première prestation au Timitar d’Agadir qui lui a rendu un grand hommage 

avant d’être invité à se produireau Festival Tifawine à Tafraout où un large public de jeunes est venu l’acclamer.  Entretien.

Libé : C’est la première fois que vous vous produisez au Festival Tifawine de Tafraout. Quelle est votre impression?

Aziz Chamekh : Ce qui m’a particulièrement impressionné lors de cette manifestation, c’est d’abord la grande discipline dont le public de Tifawine a fait preuve. C’est étonnant  de voir des milliers de spectateurs, sereins et tranquilles, sans heurt ni accrochage tout au long de la soirée. C’est extraordinaire! Cela montre que tout ce beau monde est là pour apprécier et écouter la musique. Il faut signaler aussi que le festival, depuis sa création jusqu’à aujourd’hui, a pris sa vitesse de croisière. Il s’est trouvé une identité claire lui permettant de travailler désormais sur une thématique bien précise. Celle de la ruralité. Un logo qui lui sied à merveille; vu le contexte où se déroulent ses festivités et les richesses culturelles et humaines que recèlent ces espaces. Le projet du festival est la formule idéale pour les ressortir de l’oubli et les explorer.

Le public tafraouti compte beaucoup de fans d’Izenzaren. Comment a-t-il réagi à votre prestation?

Je dois avouer que j’étais tellement ébahi lors de mon spectacle: je ne m’attendais pas à voir une si grande complicité s’installer d’emblée entre la scène et les milliers de spectateurs. Nous avons visité notre répertoire avec ses plus vieux tubes supposés ignorés par les générations actuelles; mais je vous confirme que tout le public reprenait nos chansons de bout à bout : Les jeunes, les moins jeunes et bien sûr ceux qui ont vécu l’âge d’or et l’apogée de la troupe d’Izenzaren et qui étaient venus nombreux assister à notre spectacle.  Bref, il faut dire que tout le monde a été servi ce soir-là.

Voulez-vous nous parler brièvement des débuts d’Izenzaren?

Je veux souligner que la troupe mère qui  a donné naissance à ce qui est devenu par la suite Izenzaren, c’est le groupe musical dit à l’époque «Tabraynouste», qui signifie en berbère l’araignée. Cette dernière comprenait plusieurs membres qui fondront le groupe Izenzaren unissant Aziz Chamekh et Iggout Abdelhadi. C’est au quartier périphérique d’Agadir, Dchira, qu’elle a vu le jour. Puis, nous avons tous évolué dans ce cadre, plusieurs années durant.  Ce qui nous a permis de nous affirmer et de faire valoir notre savoir-faire. Surtout que nous avons pu nous distinguer par notre style musical, actuellement  appelé Tazenzart, caractérisé par ses propres  rythmes et mélodies, joués avec  banjo et tam-tam. En plus d’une thématique qui traite de la  quotidienneté des populations berbères.   Dès lors, nous avons décidé de créer une autre troupe regroupant les meilleurs instrumentalistes de Tabraynouste et d’investir le champ musical officiellement. Tous les membres étaient d’accord sur la nécessité de changer d’appellation de notre troupe.  Et c’est par pur hasard qu’un  de nos collègues lança, lors d’une discussion  sur ce sujet, Ize…nza…ren!!!. «Pourquoi pas ?» répondirent les autres. Et c’est le nom que portera depuis notre groupe.

Quelles sont les véritables causes de la scission de la troupe Izenzaren Iggout et Izenzaren Chamkh?

Permettez-moi que je vous corrige cela; il ne s’agit jamais d’une quelconque scission entre nous deux! .Je suis sûr que si vous avez demandé à Iggout de vous expliquer la cause de cette séparation, il vous dira : je n’en sais rien! En effet, quelques années après la création d’Izenzaren, il s’est avéré, tout simplement, que tout est bloqué  au sein de la troupe! Plus rien ne peut avancer! Sans qu’il y ait le moindre malentendu entre nous deux! Mais, il s’est avéré que pour surmonter cette situation, il a fallu que chacun choisisse son propre chemin. C’est ce qui s’est passé, effectivement. Et amicalement. En fait, à l’époque, le champ musical berbère marqué par les Rouaîss était en quelque sorte  figé et resté en «jachère» tant il manquait réellement d’un renouveau. Autrement dit, il avait besoin de plusieurs troupes Izenzaren pour  faire épanouir  ce nouveau genre qui commençait à peine à se frayer le chemin. Et la création d’Izenzaren Chamkh qui tombait donc à pic est intervenue  tout simplement dans le contexte de cette logique.

D’où vous inspirez-vous pour écrire les paroles de vos chansons ?

Nous chantons les paroles des grands poètes berbères, des professeurs et chercheurs en Tamazight, connus de notre époque. A titre indicatif, Hanafi Mohamed, Abderrahim Agwad …qui ont écrit les paroles des meilleurs tubes d’Imi Hnna, Wad Itmoudoun, Tikhira…et bien d’autres qui ont fait la renommée d’Izanzaren.  Il  faut signaler au passage qu’il est malheureux que ces grands Imdiazens dont il faut «glorifier» l’œuvre accomplie, soient restés encore dans un inique anonymat total. Le groupe Izenzaren chante des textes engagés  et caustiques qui touchent profondément et traduisent les  blessures sociales. C’est pour cela que ces artistes ont acquis une grande notoriété auprès des auditeurs et fans de l’époque. Le besoin d’une voix écoutée,  contestataire de l’ordre établi, où l’injustice prévalait,  était impérieux. Nous pouvons citer dans ce registre des chansons telles Taghoyyit, Izm Amdlous, Lhak Iga Aboukad,Makh Ayatbib…etc.

Vous êtes le premier à avoir chanté Azaâri, Anchad et Hadj Belaîd avec des instruments modernes.  Que représentent  pour vous ces artistes?

Une source précieuse d’inspiration. Ce sont les pères légitimes et incontestables  de la chanson berbère traditionnelle. Leur legs est un trésor inestimable. Sans sa reprise et l’interprétation avec des instruments de notre époque, cet héritage ne serait pas connu de nos générations. Les jeunes d’aujourd’hui n’apprécieront jamais les œuvres de ces Rwaîs dans leur version traditionnelle. Les remakes de ces productions ont permis de dévoiler leurs valeurs esthétique et artistique. Elles sont  d’un grand apport, quant à leur survivance et pérennité, aujourd’hui. Je me rappelle encore que mon premier album du genre est consacré à feu Lhaj Belaîd. Il comporte ses meilleurs tubes; à l’instar de Talb Ittaran, Oudad Ighlin Ar Ijarifn, Taliwine, Mkkar Tella Touga Ar Affoud,…etc. Lesquels avaient  fait et font toujours un tabac auprès des jeunes mélomanes berbères.    Et si vous permettez, je saisis cette occasion, pour remercier une grande famille gadirie qui m’a beaucoup aidé pour accomplir  ce travail; il s’agit de la famille d’Amssrouy Hadj Abdellah Belhassan, un grand mécène qui aime l’art et  aide de bon cœur les artistes.  Je lui en sais gré! Sans lui, je me serais jamais engagé dans  la restitution de l’œuvre de Lhaj Belaîd.

Quel regard portez-vous sur le champ musical amazigh  actuellement ?

Un regard optimiste! Le champ musical amazigh connaît actuellement des rénovations et des créativités  non-stop. Permettant ainsi l’apparition et les  révélations de jeunes talents. Tous les moyens sont maintenant disponibles pour les artistes se lançant dans le chant et la musique. Contrairement à nous qui manquions de tout à notre époque. On n’avait que la fête du Trône pour pouvoir se produire en public  et se faire connaître. Maintenant les festivals se tiennent tout au long de l’année au grand bonheur des jeunes artistes. Par ailleurs, seule la radio  nationale et surtout son studio  local de Tachelhit à Agadir passait nos chansons; aujourd’hui, avec la profusion des chaînes radio privées, les artistes ont de grandes chances de voir passer à l’antenne leurs œuvres auprès d’un très large public. Je vois que cela a permis l’émergence de nouvelles tendances musicales berbères. Mais aussi des relèves portant le flambeau de plusieurs courants musicaux actuels, comme par exemple Tazenzart et l’art de Rwaîs. C’est réconfortant!

Mardi 31 Août 2010
Entretien réalisé par Idriss Ouchagour /JOURNAL LIBERATION